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Les comptes de la CFDT sont publics et transparents
Trésorière de la Confédération, la secrétaire nationale Anousheh Karvar dénonce la polémique stérile sur le financement des organisations syndicales qui alimente les discours poujadistes ces dernières semaines. Au nom de la CFDT, elle demande la publication du rapport parlementaire à l'origine de ces rumeurs malveillantes pour pouvoir y répondre point par point. Elle rappelle par ailleurs que les comptes de la CFDT sont certifiés par deux commissaires aux comptes et qu'ils sont publiés au Journal officiel.


Peux-tu nous rappeler comment est née cette polémique sur le  financement des organisations syndicales?
Alors que la loi oblige les organisa-fions syndicales à faire certifier leurs comptes depuis 2010, les députés du Nouveau Centre ont créé, en juin 2011, une commission d’enquête parlementaire sur le financement des organisations syndicales. L’initiative nous a surpris, pour ne pas dire irrités, car les arrière-pensées politiques et la volonté de jeter le discrédit sur les organisations syndicales était assez transparentes. Comme nous n’avons absolument rien à cacher, nous avons toutefois accepté de jouer le jeu en répondant à toutes les questions de la commission lors d’une audition à huis clos. Nous avons été à cette occasion félicités pour la limpidité de nos propos et la rigueur dans la tenue de nos comptes. La po­lémique a resurgi car le rapport final n’a pas été voté par la majorité des députés de la commission d’enquête. La gauche a voté contre, et l’UMP s’est abstenue. Légalement, ce travail est donc censé n’avoir jamais existé. La presse, de son côté, y a eu accès et s’en est fait l’écho. Depuis, nous débattons de données chiffrées issues d’un rapport que personne n’a vu. La situation est grotesque.


Comment sortir de cette impasse?
Nous demandons que ce rapport soit rendu public afin de pouvoir y répondre point par point. Les éléments qui paraissent dans la presse laissent en effet penser qu’il s’agit d’un travail très contestable. Ce n’est probablement pas sans raison qu’une majorité de députés de la commission a refusé sa publication. Aujourd’hui, le président de l’Assemblée nationale nous propose de débattre publiquement devant la Commission des affaires sociales d’un document qui n’existe pas. Heureusement que le ridicule ne tue pas. En nous rendant à l’audition de la commission d’enquête, nous avons prêté serment et signé un engagement de ne pas divulguer le contenu des débats pendant trente ans. La CFDT a donc décidé de porter plainte contre les per- sonnes qui ont diffusé le rapport. Elle retirera sa plainte si ce dernier est rendu public.

Que peut-on répondre, dès à présent, à toutes les personnes qui  remettent en cause le financement de la CFDT?
Notre message est clair : la Confédération fait certifier ses comptes depuis 2009, soit un an avant que la loi ne nous y oblige. Les quinze fédérations de la CFDT ont également publié leurs comptes sur le site internet du Journal officiel cette année. Ils ont tous été certifiés sans réserve par des commissaires aux comptes qui —rappelons-le — sont des auxiliaires de justice. Au cours de l’année 2012, il en sera de même pour les vingt-deux unions régionales interprofessionnelles de la CFDT. Toutes ces données sont en accès libre sur notre portail *. Il est difficile d’être plus transparent; mais il n’est jamais commode de combattre les discours poujadistes et antisyndicaux, qui n’ont jamais été aussi forts qu’actuellement. Les problèmes posés par certains comités d’entreprise ont, de plus, ajouté de la confusion à la confusion (lire l’encadré ci-contre).

Je vais quand même aborder certains chiffres qui circulent et qu’il devient difficile d’ignorer. Les cotisations ne représenteraient que de 3 à 4% des ressources des organisations syndicales?
C’est une estimation issue de ce fameux rapport fantôme, qui ne veut absolument rien dire. On se demande par quel calcul ils ont pu obtenir un tel taux. En ce qui concerne la Confédération, on peut affirmer que la part des cotisations représente 42 % de ses ressources. Les ressources externes (subventions publiques et fonds du paritarisme) ne représentent que 23 % du budget. Le reste, 35 %, correspond à la vente de produits (agendas, guides des droits, etc.) et au produit d’actifs financiers et immobiliers (voir les graphiques ci-contre). Pour le dire autrement, notre taux d’autonomie est de 77%.

Cette question se révèle cruciale : par sa gestion attentive et responsable, la CFDT s’est donnée depuis plusieurs années les moyens de pouvoir fonctionner en toute autonomie. C’est le prix de notre liberté d’action par rapport au pouvoir politique, quel qu’il soit. D’ailleurs, chaque année, lorsque nous construisons notre budget, nous le faisons avec nos seules ressources internes. Nous ajoutons dans un second temps les ressources externes, qui correspondent à des missions d’intérêt général que nous assumons pour la collectivité dans son ensemble. Ces ressources externes servent, par exemple, à former nos militants qui vont siéger aux conseils de prud’hommes ou à financer notre engagement à l’Unedic, à Pôle emploi ou encore dans les Opca. Les subventions que nous recevons ont un sens. Ce ne sont pas des dons.

L’autre fantasme qui circule est le montant des réserves de la CFDT. Peux-tu nous dire exactement de quoi il s’agit?
Afin d’assurer son autonomie de toutes les formes de pouvoir, la CFDT a, dès sa création, veillé à se constituer un patrimoine. Elle a tout d’abord souhaité devenir propriétaire de ses locaux pour ne dépendre d’aucun bailleur. Cette première étape atteinte, elle s’est progressivement constitué un patrimoine immobilier qui lui garantit des ressources pérennes. Chaque année, une partie de son résultat est affectée à une réserve spécifique afin de garantir son avenir. Aujourd’hui, ses réserves sont évaluées à354 millions d’euros; elles sont composées de la valeur de ses immeubles, de la caisse de grève et d’une réserve de précaution qui sert à couvrir deux années de fonctionnement de la Confédération il n’y a aucun secret dans tout ça. Encore une fois, ces chiffres sont en accès libre. Il ne s’agit pas d’un trésor caché, comme le suggèrent parfois des personnes mal intentionnées. Ce serait un comble que les députés nous reprochent cette gestion prudente. On n’ose imaginer la teneur de leurs discours si nous annoncions des déficits !

Le chiffre de 4 milliards d’euros qui a été publié dans la presse est-il tout aussi fantaisiste?
C’est une manipulation si grossière que l’on est en droit de se demander quel était réellement l’objectif des personnes qui ont rédigé ce rapport. Pour arriver à ce résultat, ils ont additionné des choux et des carottes, sans aucune rigueur intellectuelle. Ils ont, dans un premier temps, pris les chiffres publiés officiellement par les quatre confédérations syndicales (seule F0 n’a, pour l’instant, pas publié ses comptes). Ils ont ensuite estimé le coût du travail syndical des militants dans les entreprises (les heures de délégation). C’est comme si les indemnités des députés et des sénateurs étaient comptabilisées dans le budget des partis politiques. Plus fort encore, ils ont ajouté à cela une estimation des budgets des comités d’entreprise. Cette fois-ci, c’est un peu le budget de fonctionnement des deux assemblées qui se verrait comptabilisé dans le budget des partis politiques. En utilisant et mélangeant tous ces arguments, ils sont arrivés au chiffre de 4 milliards d’euros, censé correspondre au «financement» des organisations syndicales. On imagine que c’est avec ce type de calcul qu’ils affirment que les cotisations des adhérents ne représentent que de 3 à 4% du budget des organisations syndicales. Une fois le rapport rendu public, on en aura le cœur net. J’ose espérer qu’il est moins caricatural que ce que l’on peut en lire dans certains journaux.

Propos recueillis par Jérôme Citron

*www.cfdt.fr

Rubrique «Oui sommes-nous ?», « Nos chiffres» puis «Rapports financiers ».


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