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La crise des dettes met en tension la démocratie sociale


Dans beaucoup de pays d’Europe, les organisations syndicales se trouvent confrontées à des politiques d’austérité qui frappent durement les populations. Les mesures, prises en urgence, font rarement l’objet de concertation avec les organisations syndicales.

Encore surprise par le départ brutal de Silvio Berlusconi, l’Italie attend aujourd’hui avec un mélange d’impatience et d’anxiété les premières décisions du gouvernement de Maria Monti. « La crise politique italienne dure depuis tellement longtemps que la population est fataliste, résume la syndicaliste de la CISL (Confédération italienne des syndicats de travailleurs) Giacomina Cassina. Les Italiens se disent :”Après tout, pourquoi ne pas essayer de s’en sortir avec un gouvernement de techniciens?» Économiste et universitaire, le nouveau président du Conseil n’appartient en effet à aucun parti politique. Cet ancien commissaire européen à la concurrence s’est en outre entouré de personnalités connues dans le pays pour leurs compétences professionnelles, mais elles aussi sont éloignées du monde politique traditionnel.

D’énormes efforts demandés aux populations. Pour l’instant, ce gouvernement atypique qui va devoir gérer la crise possède la confiance d’une large majorité du pays, mais personne ne connaît encore son programme précis. Mario Monti a simplement annoncé qu’il allait demander de gros efforts aux Italiens. «Si nous échouons, le développement spontané de la crise financière nous imposera des conditions encore plus sévères— à nous tous, mais surtout aux catégories les plus exposées de la population! », a-t-il prévenu. «Vu la situation qui est la nôtre, nous ne pouvons que lui apporter notre soutien dans un premier temps, souligne Giacomina Cassina, mais nous serons vigilants car certaines déclarations sur le droit du travail ou les retraites ont de quoi inquiéter…»

Ce qui se passe en [talle est M’image de ce que vit une grande partie du peuple européen. Partagée entre un sentiment d’injustice et une forme de fatalisme, elle observe avec sidération les évolutions de cette crise financière, économique et politique. « En Belgique, la population est en colère, mais elle se dit que, de toute façon, c’est elle qui va devoir payer les errements des marchés financiers », analyse le secrétaire général de la CSC (Confédération des syndicats chrétiens), Claude Rolin. Ce pays, qui vit une crise politique majeure (il attend un gouvernement depuis plus de cinq cents jours), doit aujourd’hui décider d’un plan de rigueur pour faire face à la crise des dettes souveraines.

De son côté, l’Espagne, le 17 novembre, soit trois jours avant les élections législatives, a dû emprunter sur les marchés financiers à un taux record dans la zone euro de 6,975 %— à 7%, les analystes considèrent qu’il s’agit d’un «taux dangereux» contraignant le parti d’opposition donné favori de ces élections à multiplier les annonces de mesures de rigueur avant même d’avoir été élu. « Il faudra faire des coupes partout », a  annoncé dans la presse le nouveau chef du gouvernement, Mariano Rajoy. L’objectif affiché est clair : éviter de se retrouver dans une situation incontrôlable. Pays modèle jusqu’en 2008 (budget à l’équilibre, faible endettement), l’Espagne n’en finit plus de s’enfoncer dans la crise malgré les nombreuses mesures d’austérité déjà adoptées. « La politique de rigueur menée jusqu’a présent est un échec absolu, s’emporte le syndicaliste Javier Doz, des Commissions ouvrières (CCOO). En 2008, on nous disait qu’il fallait réduire le salaire des fonctionnaires et assouplir les règles du marché du travail pour rassurer les marchés financiers. Résultat, nous empruntons aujourd’hui à des taux trois fois supérieurs qu’au début de la crise, et le chômage a explosé. C’est une folie inacceptable ! »

Les dangers de la politique d’austérité dans l’urgence.
Même constat teinté d’amertume en Grèce de la part des organisations syndicales, qui voient se succéder les mesures de rigueur sans résultat probant. « Il y a longtemps que nous tirons la sonnette d’alarme face à des politiques néolibérales qui conduisent à l’explosion du chômage et à une impasse sociale et économique », indique la Confédération syndicale des travailleurs grecs (GSEE).

Dans l’ensemble des pays de la zone euro, les organisations syndicales sont dans une situation particulièrement difficile. Toutes ont conscience de la nécessité de prendre des mesures afin de diminuer les dettes publiques, tout en constatant les limites et les dangers des politiques d’austérité menées dans l’urgence par des organisations syndicales est de faire en sorte que cela soit possible. Nous devons notamment éviter à tout prix que les organisations syndicales se replient chacune dans leur pays. »

Indispensable solidarité à l’échelle européenne. Le DG B (Deutscher Gewerkschaftsbund,  Confédération allemande des syndicats), face à une opinion publique réticente à l’idée d’une plus grande mutualisation des dettes publiques, a ainsi eu le courage politique d’appeler à davantage de solidarité à l’échelle européenne. « L’Europe ne peut pas être que le gendarme des budgets nationaux, conclut Giacomina Cassina. Elle doit aussi avoir un discours et poser des actes politiques porteurs d’avenir. Sinon, les populations vont finir par s’en détoumer, au moment même où l’on a besoin qu’elle s’affirme.»

Jérôme Citron


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Thème créé par Ulric SAÏZ