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À l’hôpital, la pénurie de personnel va s’aggraver
La Fédération santé-sociaux estime que les mesures prises à l'issue de la réforme des retraites et le nombre croissant de démissions risquent de comprimer dramatiquement les effectifs hospitaliers.


Il y a deux mois, la Fédération santé-sociaux dressait le constat alarmant de la dégradation des conditions de travail dans les hôpitaux publics de l’Hexagone. La quasi-totalité des agents soignants qui ont répondu à sa vaste enquête 38 455 personnes précisément estime leur travail stressant.

Ils dénoncent le manque  d’effectifs, les rappels sur les jours de repos, le glissement progressif vers des taches administratives. Ils regrettent un manque criant de reconnaissance de leur dévouement et de leurs efforts. Les deux tiers d’entre eux demandent une réorganisation du travail.

Les raisons d’un afflux de départs. Déjà critique, la situation risque encore de se détériorer, devant l’afflux de départs qui s’annonce dans les services. La fédération avance plusieurs raisons qui expliquent cet exode. Aux départs en retraite prévisible s’ajoutent les dernières mesures prises parle gouvernement dans la réforme de novembre dernier.

« La suppression des avantages pour les parents de trois enfants précipite le départ de 530o agents, dont 1300 infirmières et 1200 agents de services hospitaliers dès le 1P1 juillet 2o11 », regrette Dominique Coiffard, secrétaire national de la fédération chargée du secteur public.

Deuxième explication :
les directeurs d’établissement prétextent le futur projet de loi sur les contractuels pour ne pas renouveler leurs contrats.
Ils anticipent un coût supérieur du
passage des CDD en CD! en raison des mesures de déroulement de carrière, explique Dominique Coiffard.
Les
contrats courts étaient souvent laissés en début de grille, les contrats à durée indéterminée vont permettre à ces personnels de bénéficier des mêmes conditions de carrière que les fonctionnaires.
Mais en ne gardant
pas ces CDD, les directeurs se tirent une balle dans le pied. Moins de personnel, c’est moins d’activité et moins de budget à l’arrivée.» La fédération constate également « un absentéisme grandissant et une augmentation significative des démissions. Ce dernier phénomène ne se rencontrait pas auparavant, en tout cas pas avec unetelle ampleur».

Les difficultés à effectuer leur travail dans de bonnes conditions, exprimées parles personnels à travers l’enquête fédérale, expliquent en partie ces départs. Mais Dominique Coiffard avance une autre raison. «La pénurie d’infirmières rend alléchantes les propositions de l’intérim, grâce à des rémunérations supérieures et davantage de latitude dans la gestion de leurs heures. Cela peut amener certains agents à préférer cette solution, qui risque de faire sauter les garanties statutaires et conventionnelles.»

Un ministère qui apparaît démuni. Face à cette situation, le ministère de la santé semble démuni. «11 n’a pas de piste pour favori­ser les recrutements et faire cesser la dégradation des conditions de travail, constate Dominique Coiffard. La réorganisation de l’offre de soins s’avère nécessaire. Mais nous pourrons toujours regrouper les établissements, si nous avons moins de personnels soignants, nous serons dans l’incapacité de maintenir toutes les activités partout surie territoire. Cela peut avoir des conséquences dramatiques sur l’accès aux soins de la population ».Selon la fédération, ce manque d’anticipation constitue une m arque flagrante «de désintérêt des pouvoirs publics vis-à-vis des personnels hospitaliers et de la qualité des soins. Le ministère doit agir à présent sur l’organisation du travail et le respect de la réglementation, avec l’ensemble des personnels, les directeurs d’établissement les médecins ».

Frédéric Delaporte

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